Correspondances
Une amitié très fraternelle unissait le Général Baron Lejeune au Général Baron de Cassagne. Cette amitié naquit de leur commune passion pour le cheval. En 1809, le Général Lejeune est à Vienne ; il visite l'atelier de Casanova, peintre de batailles et frère du célèbre aventurier, qui illustrait les guerres des Autrichiens et des Turcs. Dans cet atelier, Lejeune achète deux tableaux pour son ami Cassagne. Les deux esquisses de ces toiles quittent Vienne pour Madrid en 1809 et n'atteignent leur destinataire quen 1814 après lécroulement de l'Empire. « Vienne, mai 1809. Cher Général et Ami, Ce billet sous les poudres de lÉtiquette, et dans l'enchevêtrement de toutes les étiquettes qui régissent la vie des Archiducs. LÉtiquette de Versailles était liturgique ; ici, elle nest que le sec revêtement de la puissance composite des héritiers de Charles Quint. Vous étiez en pensée près de moi durant ma visite à l'atelier du sieur Casanova. Tout dans sa peinture, tient de l'ancienne manière ; quelques mollesses gâtent un peu son art de la composition. Jai marqué pour vous deux peintures quil faudra rouler et dont je vous adresse les dessins préparatoires. La rigueur du trait devrait vous plaire ; le sujet est classique mais fort bien mené et de la meilleure main de ce peintre. Tout à vous dans la plus vive amitié, Lejeune. » « Madrid, décembre 1810. Mon Bon Ami, Hélas les deux dessins n'étaient point dans le paquet qui m'a été remis hier ; je brûle de savoir votre choix. Jai vu chez le Prince Masserano quelques chevaux fort bien peints mais un peu gras ; vous savez la passion à peine retenue que j'ai pour les chevaux anglais qui sont montures de rois. Le souvenir des chevaux syriens guide toujours mon choix en peinture. Je ne vous dirai rien des quelques roussins vus chez le Comte où trônait cependant le plus bel étalon de selle de toute l'Espagne. Les deux toiles seront dans mon cabinet bien avant moi. Je crains les hasards d'un voyage aussi long pour ce précieux fardeau que je dois à la vigilance de votre amitié. Je suis certain que « vos » chevaux sont de la meilleure remonte. Adieu mon Bon Ami, Gl Cassagne. » « Très bon ami Votre pli me donne les plus vives surprises et je suis inquiet du devenir des deux dessins. Nous avons eu hier un engagement sans pertes excessives. Jai eu le loisir de faire quelques relevés qui seront à Sa demande présentés à lEmpereur. Un marchand juif qui procure fort obligeamment la réalisation des désirs les plus divers avait chez lui un tableau de Wouwerman représentant un cheval pie assez proche dun cheval de postes. Je ne lai point retenu pour vous ; il eut été vôtre pour une fortune quil ne valait pas. Je salue notre amitié. Lejeune. » « Paris, 1814. Mon Cher Ami, J'ai appris de vos nouvelles et vous aurez sous peu le récit de mon malheureux transfert en Hongrie. Ma détention fut adoucie par un geste rare qui honore la fierté militaire : j'ai pu conserver mon épée. Les chevaux en bataille du Signor Casanova et leurs esquisses parties de Vienne attendaient tout bridés chez moi. Leur arrivée à bon port est dû à un ami très sûr de Monsieur de Puybusque dont je vous entretiendrai un jour. Ces esquisses arrivées il y a plusieurs mois à Madrid ne m'y trouvèrent point et c'est par miracle qu'elles prirent la poste pour Toulouse où j'ai pu les regarder au milieu d'événements nouveaux. J'ai acquis un cheval du jeune Géricault ; je crois qu'il est le seul peintre qui sache rendre un sang vif sur la toile. Il sera le cheval de tête de mon Cabinet. Jai eu au sujet de ce tableau quelques remarques sournoises destinées, je le crois, à me lasser de sa possession. Croyez-moi toujours votre dévoué et fidèle ami. Cassagne. » Le Commandant Henry Lachouque, historien militaire, conta laventure de ces dessins au Baron Karl Reille qui en fit le sujet d'une suite de six gouaches intitulée « Chevaux en bataille ». Lettre du Baron Karl REILLE au Commandant Henry Lachouque : « 14 mai 1937. Cher Ami, Laventure des dessins Cassagne me donne une idée que je développe dans le plus grand bonheur de pinceau. Que dîtes-vous du titre « Chevaux en bataille » ? Je prendrai beaucoup au beau dessin de Rugendas (aussi Cassagne) qui détache bien les chevaux des hommes sans réduire le tragique du sujet. Donnez-moi votre idée là-dessus. Fidèlement vôtre. Karl Reille. » D : Dons familliaux.. « Somptueux retour » par Philippe de LATOUR. « Il est de convenables périples qui méritent d'être contés. Celui qui suit est de ceux-là. Certaine communauté ecclésiale offre à son supérieur quelques anciens souvenirs de prédécesseurs plus ou moins lointains. Des événements fort graves surviennent peu après, bouleversant le pays et la communauté. Une nouvelle élite se lève. Le pasteur offre le précieux don à l'épouse de l'un des héros du jour, fondateur d'une famille européenne avant la lettre. Respectueuse transmission familiale. Et puis, un jour de juillet 1985, la famille de Cassagne et lInspection Générale des Monuments Historiques aidant, les précieux biens retournent sous leur ciel d'origine, Saint-Bertrand-de-Comminges Il nétait nulle part écrit à l'avance qu'elle reviendrait sur sa colline, à la cathédrale, la chasuble de voyage en cuir gaufré, doré, argenté et peint à fond rouge, du début du XVIIe siècle, ayant selon la tradition appartenu au bienheureux Barthélemy Donnadieu de Griel. Haute de 1,03 m, large de 0,65, cette pièce serait unique en France selon M. Georges Costa, Inspecteur Général des Monuments Historiques, et Mme Gase, Conservateur des Tissus au Musée des Arts Décoratifs de Paris (fig. 1 et 2). Et avec cette pièce rarissime, ce dos de chasuble en velours de Gênes à décor de larges fleurs vertes sur fond beige, XVIIe siècle, de 1,30 m de long sur 0,67 m de large (fig. 3). Avec elle encore, cet important morceau de chasuble en soie violette à décors de lions affrontés de part et d'autre d'un arbre, venu d'Italie, où elle paraît avoir été fabriquée dans le dernier quart du XVIe siècle, longue de 1,15 m et large de 0,40 (fig. 4). Ce lot, apprend-on, avait été offert par le chapitre de Saint-Bertrand à Antoine-Eustache d'Osmond, évêque de Comminges, dans les années 1785-1790. Ce dernier, nommé par la suite évêque de Nancy, et un moment même archevêque de Florence, en fit don, la Restauration venue, à la baronne de Cassagne pour sa chapelle du domaine de Fraust, commune de Lapeyrouse-Fossat (Haute-Garonne). Ces vêtements liturgiques ne sont pas les seuls dons récemment faits au Trésor de la cathédrale Saint-Bertrand. De la même provenance et par le même acte, en date du 14 février 1985, une admirable « Sainte Face » en cristal de roche, de 5,07 centimètres sur 4,04. Ce travail du XVIe siècle fut offert par l'archevêque de Grenade au général baron, alors commandant de la Sierra de Ronda, durant les guerres d'Espagne, en raison apparaît-il, de l'action humanitaire de ses services de santé (fig. 5). En 2004, la montre en or à sujet religieux donnée par Mgr dOsmond au général baron de Cassagne fut offerte par sa famille ainsi quune médaille byzantine en or représentant larchange saint Michel, patron de la France, offerte par le duc dAngoulême au général de Cassagne lors de la visite du Prince à Toulouse sous la Première Restauration. Cette médaille, daprès le Musée du Louvre, serait le seul exemplaire connu à ce jour. Durant la campagne dEspagne en 1810, une municipalité offrit au général Cassagne en remerciement de son action humanitaire un médailler renfermant une collection de médailles dor grecques, romaines et du XVIIIe siècle. Le général admira les médailles et les fit vendre au bénéfice des blessés dans les hôpitaux. » * * * D : Dons familliaux..
Un nouveau talisman de la reine Hortense Dans le numéro 404 de la Revue du Souvenir Napoléonien (novembre-décembre 1995, pp. 24-36), nous avons mené une enquête sur un sceau égyptien porté avec sa montre par l'Empereur Napoléon qui l'a légué à son neveu Louis-Napoléon. Dans son testament, ce dernier demanda à son fils, le Prince Impérial, de le porter en souvenir de son oncle. Nous en avions trouvé mention dans le livre Handbook of Engraved Gems, publié en 1885 par l'historien anglais C.W. King, où une gravure du sceau arabe était reproduite avec un appel à ses confrères pour résoudre l'énigme que posaient certains objets dont ceux mentionnés dans les testaments familiaux. Nos recherches nous ont permis, grâce à la compréhension de S.A.I. la Princesse Napoléon, lors d'une réception à Prangins, de comprendre ce qui s'était passé : la Princesse portait à son cou une chaîne d'or à laquelle était pendu le sceau arabe sur cornaline avec les inscriptions décrites par King, ainsi que le face-à-main de l'impératrice Eugénie. « Grâce à l'aide toujours amicale et efficace de J.-C. Lachnitt, nous avons pu écrire que le sceau n'était pas turc mais arabe et qu'il venait de la reine Hortense qui l'avait donné à son beau-père comme talisman protecteur. Nous avions conclu à l'inutilité des vertus du sceau arabe pour ses différents porteurs, que ce soit Napoléon Ier, Napoléon III ou le Prince Impérial, dont les morts ont été chaque fois dramatiques. Nous ne pensions pas qu'une nouvelle étape nous ramènerait encore sur ce terrain des sceaux orientaux.
Or, une bague avec intaille en cornaline, offerte par la reine Hortense en séjour à Toulouse en août 1807 à la générale Cassagne à l'intention de son époux combattant en Espagne, nous révèle un sceau arabe octogonal en cornaline, mesurant 15 mm sur 12 mm, monté sur or. Le général baron Cassagne dont le nom figure sur l'Arc de Triomphe de lÉtoile reçut, en outre, un talisman que Bonaparte lui remit de sa main lors des campagnes d'Égypte, mais ceci est une autre histoire... Notons seulement que ce talisman est un sceau néo-babylonien (VIe siècle avant J.-C.) en calcédoine, représentant des personnages globulaires faisant une offrande à la lune. Cette pièce a été étudiée par Mme S. de Turckheim-Pey. conservateur au Cabinet des Médailles de la B.N.F. Le futur général (à l'époque commandant Cassagne) précise dans une lettre : « J'ai reçu ce cachet talisman de la main du général Bonaparte après la bataille des Pyramides où je commandais les éclaireurs de la division du général Bon. J'ai porté ce cachet attaché à la dragonne de mon sabre lors de l'assaut de Saint-Jean-d'Acre où je fus atteint de cinq coups de poignards du côté gauche »... Le talisman lui fut bénéfique. Revenons à celui de la reine Hortense. Elle écrit dans ses Mémoires qu'elle offrit beaucoup de sceaux arabes aux généraux de l'entourage de l'Empereur. Ces talismans protecteurs étaient à la mode et les pierres gravées faisaient fureur. La reine note que le général Colbert ayant perdu la pierre qu'elle lui avait offerte fut tué et que ceux qui conservaient ces pierres conservèrent leur vie. Nous ne connaissions pas les caractères persans ou arabes. Nous demandâmes l'avis d'un spécialiste. Sur les conseils de Mme Sophie Makariou, conservateur au département des Antiquités orientales du Louvre, nous nous sommes adressés à M. Ludvik Kalus, épigraphiste renommé, professeur à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV). Le texte de l'intaille en cornaline est gravé en persan que ce spécialiste a bien voulu déchiffrer pour nous. D'après le Coran, il serait datable des années 1698-1699 de notre ère. M. Kalus se réfère à une inscription similaire de la gemme n° 32 de la collection du duc de Blacas, grand collectionneur du XIXe siècle. La traduction du professeur Kalus est la suivante : « Ô mon Dieu, que par les mérites de celui qui approcha de ton trône jusqu'à la distance de deux arcs, Yûsuf devienne le ministre de l'empire des deux mondes (1)110/1698-99. » Selon lui, il s'agit du prophète Muhammad lors de son ascension au cours du voyage nocturne à partir du « rocher » de Jérusalem. Quant à Yûsuf, il s'agit du patriarche Joseph qui fut le Premier ministre du roi d'Égypte (le pharaon). Pour les deux mondes, celui d'en-bas et celui d'en-haut, il s'agit du monde d'ici-bas et de celui de la vie future. La qualité de la gravure persane est très supérieure à celle du sceau offert à Napoléon par la reine Hortense. Les graveurs sur ces cachets ne laissaient jamais leur nom, s'effaçant humblement devant les textes se référant au Prophète. On peut juger de la qualité de l'artiste par la finesse ou la force des lettres arabes dont le graphisme se prête particulièrement bien à un tel usage avec ses pleins, ses déliés, ses courbes où viennent s'abriter des petites fleurs à cinq pétales. Ce ravissant bijou, prestigieux par son origine historique et archéologique, est précieusement conservé dans la famille du général baron de Cassagne. » Réf. Revue du Souvenir Napoléonien, n° 445, février-mars 2003. Michel Duchamp Michel Duchamp, membre de la Jewellery Historian Society, est un spécialiste reconnu de la glyptique. |