Louis Victorin, général baron de CASSAGNE
(1774-1841).


A : notice biographique : projet du Commandant Henry LACHOUQUE.


Vers 1962, le Commandant Lachouque écrivait : « Dans cette biographie, on refusera de voir l’épopée » sous l’angle de l’exotisme, et sans réduire une carrière qui fut héroïque, on prendra soin d’éviter l’emphase chaotique assortie de descriptions lyriques déployées sans mesure, ces dernières marquant regrettablement la plupart des textes consacrés au général baron de Cassagne. Certes, ce général prit des drapeaux, des canons, fit un grand nombre de prisonniers, eut des chevaux tués sous lui…, mais on résistera à l’envie de tremper la plume dans l’encrier d’Alexandre Dumas. On restera dans le concret des états de service qui reposent à Vincennes. Georges Six en réalisa la publication dans son irremplaçable ouvrage : Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la révolution et de l’empire (Paris, Saffroy, 1934).



B : biographie par Georges SIX.


« CASSAGNE (Louis-Victorin, baron de), général, né à Alan (Haute-Garonne) le 5 juin 1774, mort à Toulouse le 6 juillet 1841. Lieutenant dans la compagnie franche de la Haute-Garonne, 23 mars 1793 ; capitaine au 8e bataillon de la Haute-Garonne, 25 mars 1793 ; à l’armée des Pyrénées-Orientales, 1793-1795 ; servit à la défense du passage de la Tet à Corneilla , 4 août 1793 ; se signala à la prise de Figuières, 20 novembre 1794 ; passa à l’armée d’Italie, fin 1795 ; blessé d’un coup de feu à la cuisse gauche à l’affaire de Rocca Barbena, 23 novembre 1795 ; incorporé avec son bataillon dans la 69e de ligne, 21 mars 1796 ; devenue 18e de ligne par tirage au sort, 29 mai 1796 ; commanda les éclaireurs de gauche de la division Masséna et fut blessé au côté droit et à la poitrine près du lac de Garde, 3 août 1796 ; se signala à la Favorite en faisant mettre bas les armes au commandant de la cavalerie ennemie, 16 janvier 1797 ; blessé d’un coup de feu à la jambe gauche à Tarvis, 23 mars 1797 ; servit à l’armée d’Helvétie, 1798 ; puis à l’armée d’Orient, mai 1798 ; commandant les éclaireurs de la division Bon en Égypte ; servit à Chebreiss puis aux Pyramides, 21 juillet 1798 ; blessé au siège de Saint-Jean-d’Acre de 5 coups de poignard, deux à la cuisse gauche, deux au bras gauche et un à la main, 4 mai 1799 ; chef de bataillon à la 18e de ligne, 7 août 1799 ; blessé d’un coup de feu à la cuisse droite à Canope, 21 mars 1801 ; chef de brigade de la 25e de ligne, 29 mai 1801 ; en garnison à Maubeuge, 1802 ; employé au camp de Bruges à l’armée des Côtes de l’Océan, 1804-1805 ; division Gudin au 3e Corps de la Grande Armée, 30 août 1805 ; servit en Autriche, Prusse et Pologne, 1805-1807 ; blessé d’une balle au front à Awerstaedt, 14 octobre 1806 ; général de brigade, 7 juillet 1807 ; baron avec dotation, 8 mars 1808 ; reçut ses lettres patentes de baron, 18 juin 1809 ; commandant la 2e brigade de la division Vedel, 3 novembre 1807 ; servit en Espagne, 1808 ; au combat de Jaen, 2 juillet 1808 ; prsionnier de guerre en vertu de la capitulation de Baylen, 21 juillet, contre laquelle il avait protesté ; embarqué à Cadix sur La Minerve, 24 octobre ; débarqué à Marseille, 12 novembre ; envoyé à Madrid au grand quartier général, 18 décembre ; employé à la 3e division (Villatte) du 1er Corps de l’armée d’Espagne, 1er avril 1809 ; servit à Talavera, 28 juillet ; puis en Andalousie, 1810 ; commanda la gauche au blocus de Cadix ; combattit les guérillas de la sierra de Ronda et fut vainqueur à Medina Sidonia, 22 janvier 1811 ; commandant la 1ère brigade de la 2e division de réserve (Barrois) à l’armée d’Andalousie et commandant à Ronda, 1er septembre 1811 ; commandant de la Légion d’honneur, 23 juillet 1811 ; commandant de la 1ère brigade de la 2e division (Barrois) du 1er Corps de l’armée d’Andalousie, 5 novembre 1811 ; couvrit la gauche au siège de Cadix et prit part à l’occupation du camp de Saint-Roch, novembre-décembre 1811 ; au siège de Tarifa, 20 décembre 1811 – 4 janvier 1812 ; commandant la 1ère brigade de la 2e division (Barrois) de l’armée du Midi en Espagne , 7 février 1812 ; détaché pour commander sous Drouet d’Erlon la 2e division de l’armée du Centre, 1er janvier 1813 ; général de division, 30 mai 1813 ; servit à Vittoria, 21 juin ; reçut l’ordre de se rendre à Mayence, 18 août ; commandant la 1ère division du 1er Corps de la Grande Armée sous Lobau à la place de Philippon en Saxe, 1er septembre 1813 ; fait prisonnier à la capitulation de Dresde, 11 novembre 1813, et interné en Hongrie ; chevalier de la Couronne de Fer ; commandeur de l’ordre de la Réunion, 3 avril 1813 ; rentra en France en juin 1814 ; commandant le département de la Haute-Garonne, 23 juin 1814 ; commandant par intérim la 10e division militaire à Toulouse, 5 juillet ; chevalier de Saint-Louis, 13 août 1814 ; cessa ses fonctions le 11 avril 1815 ; employé à l’armée des Pyrénées-Orientales, 13 juin ; mis en non-activité, 20 novembre 1815 ; mis en disponibilité, 30 décembre 1818 ; mis à la retraite d’office à compter du 1er janvier 1825, 1er décembre 1824 ; passé au cadre de réserve, 7 février 1831 ; en disponibilité, 3 janvier 1833 ; replacé au cadre de réserve, 15 août 1839. Le nom du général Cassagne est inscrit au côté Sud de l’Arc de Triomphe de l’Étoile. » (Six. Les Généraux […], p. 199.)

***



C : notes diverses, iconographie, correspondances.


On se doit d’ajouter en annexe le mot de Napoléon cité par le baron Fain, secrétaire du cabinet de l’empereur : « Cassagne est l’un de mes valeureux égyptiens ; il y a l’intelligence dans le feu de son allant. » Ce mot d’allant donna le jour à la devise du général : « Alan Cassagne », Alan [en Haute-Garonne] étant sa cité natale.

Jusqu’en 1793, le nom s’écrivait Cassaigne ; il ne prit sa forme actuelle que vers la fin de l’Ancien Régime. Les Cassaigne sont d’origine gasconne et apparentés à la famille du maréchal Lannes. Ils sont établis à Alan, résidence d’été des évêques de Comminges, depuis plusieurs générations. Ils y exercent la charge de notaire apostolique.

Contrairement à ce qui a été souvent écrit, le futur général n’était pas fils, mais petit-fils du notaire. Son père mourut très jeune et sa mère, née Marie Goutelongue, fille du procureur du Roi en la châtellenie d’Aurignac, se remaria avec François Cassagne, ce dernier sans aucun lien de parenté avec la famille Cassaigne.

Suivant une tradition bien établie, Louis Victorin, étant cadet, fut placé au petit séminaire comme le furent avant lui son oncle et son grand-oncle paternels. Monseigneur d’Osmond, évêque de Comminges, n’eut aucune part à cette « vocation ». La première rencontre entre l’évêque (alors rallié à l’empire) et le général eut lieu vers 1807, rencontre que l’évêque relate avec émotion dans une lettre : « Notre première rencontre ! Vous, fier enfant du Comminges sous le casque de Mars, et moi, pasteur rompu de voyages, découvrant l’échange de nos regards… »

Le futur général épousa en 1805 Émilie Joseph de Harvengt, dont la famille prétendait descendre, mais sans preuve, de Yvain de Harvengt dont elle adopta les armes. L’acte de baptême d’Émilie Joseph ne donne aucun qualificatif nobiliaire aux parents.

Dans une lettre à sa mère, Louis Victorin relate sa rencontre avec sa future épouse : une collation chez le général *** . Les conditions du divorce de sa fiancée sont assez conformes aux mœurs de l’époque : défaut de consentement, etc.

De ce mariage naquirent deux enfants : Eugène Napoléon, chevalier de Cassagne, filleul du prince Eugène (1805-1824), et Émile Victorin Jean, baron de Cassagne, colonel de cavalerie, commandeur de la Légion d’honneur (1808-1885), qui épousa en 1860 la baronne Wilhelmine van Lockhorst, fille du baron van Lockhorst van Toll et Venhuizen et de S.A.S. la princesse Octavie de Looz Corswarem et du Saint-Empire.


ÉCRITS (documents inédits) :

- lettres à sa famille ;
- carnets des campagnes d’Égypte ;
- journal (intermittent) ;
- correspondance avec le général Lejeune ;
- correspondance avec le duc d’Angoulême.


ICONOGRAPHIE :

- représentation du capitaine Cassagne dans le célèbre tableau du général Lejeune, « La Bataille des pyramides » (Musée de Versailles) ;
- marine (coll. Princesse de Beauvau-Craon) que son auteur termina le jour de la mort de son ami et qu’il lui dédia ;
- buste en marbre par Castex ;
- esquisse par Gérard ;
- profil en relief (camée sur agate) ;
- portrait en buste par le général Lejeune ;
- portrait lithographié par Maurin.


RÉFÉRENCES BIOGRAPHIQUES :

- BELIN (L.). L’Arc de triomphe dédié aux illustrations des armées françaises. Paris, Comptoir des Imprimeurs Unis, s. d. [circa 1850]. Livraison, 240e livraison, 2e volume (ouvrage appelant la plus grande réserve : très romancé, plus proche de la chanson de geste que du document historique) ;
- BROUSSE (J.R. de). Le Général Cassagne. In Bulletin municipal de la ville de Toulouse (article déjà publié dans le journal Le Télégramme, du 12 mars 1922 : compilation de l’ouvrage précédent avec des confusions généalogiques, des erreurs de dates, des homonymies, pas de recherche sérieuse) ;
- FROGER (G.). Les Cabrériens. Épisode de la guerre d’Espagne. (d’après les propos d’un soldat de l’Empire. Ouvrage écrit au fil de la plume, avec enflure des situations, dans la tradition de tant et tant de récits recomposés ; très proche de l’imagerie populaire) ;
- LACHOUQUE (Commandant). Iéna. Paris, 1961. Ouvrage sérieux ; documentation parfaite et vérifiable)
- SARRAMON (Docteur. La Bataille de Vitoria. 1985. Ouvrage technique d’une grande précision ;
- MONTESQUIOU (Général Aymeric de). Souvenirs militaires de 1804 à 1814. Paris, Dumaine, 1863 ;
- ALBERT (Madeleine). La Première Restauration à Toulouse. 1932 ;
- LAFONT (Général). Mémoires. Paris, Privat, 1909 ;
- SAINT-AULAIRE (Comtesse de). Souvenirs.
(Ces quatre derniers ouvrages à consulter pour tout travail sérieux).


On doit au général de Cassagne l’idée du monument commémoratif de la bataille de Toulouse de 1814. Étant président du Comité d’érection, il demanda que ce monument soit réalisé sous forme d’obélisque.

Sa tombe, au cimetière de Terre-Cabade, où reposent son épouse et leur fils aîné, est de style classique : une colonne posée sur un socle carré, celui-ci orné d’inscriptions rappelant la carrière du général ; au sommet de la colonne, un globe de pierre porte l’inscription : « Égypte » ; une grille à motif militaire ceinture le monument. Rien n’est moins égyptien que cette sépulture !

Il n’existe aucun lien de parenté ou de communauté d’origine avec Pierre général baron Cassagne, né à Toulouse en 1762, mort à Nancy en 1833.

Sur la base des travaux Cassagne du Commandant Lachouque, une thèse universitaire est en cours de rédaction. »





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